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Publié par koronin

Suite de mes articles « propos & lettres d’artistes », à la disposition de tout étudiant(e) en prépa ensad ensba inp etc. au niveau de la culture générale & de la compréhension de la démarche d’un artiste.

 

ZAO Wou-Ki, (extraits) à propos de son ami Jean Carzou.

 

« J’ai eu plusieurs fois l’occasion de le rencontrer sans toutefois avoir fait partie de ses amis intimes. L’œuvre m’est familière et nos vies ont de réelles affinités que je vais évoquer.
Pour Jean Carzou comme pour moi-même, la première visite a été pour les salles de peintures du Louvre. Il se précipite devant les toiles de Watteau, Le Lorrain et surtout Ingres. Il aimait raconter que ce dernier lui donna l’ambition de devenir peintre. Je voulais quant à moi tout voir. J’ai découvert les Primitifs italiens et en particulier la Maesta de Cimabue.
Je sais qu’en dépit des vingt années qui nous ont séparés notre émotion fut la même : avidité de connaître, émerveillement de se confronter aux œuvres dont nous avions rêvé, bonheur d’être là présents au cœur de l’histoire de la peinture. (…) Il expose pour la première fois au Salon des Indépendants. Son atelier de la rue des Plantes dans le quatorzième arrondissement devient un véritable laboratoire artistique : il cherche et expérimente. Il se désigne comme un « peintre-artisan » et, fidèle à cette définition, il affichera toute sa vie un certain mépris pour l’intellectualisation de l’art. Pour lui, c’est détourner la peinture de ses véritables buts et jusqu’à la camoufler.
Nous sommes tous deux enfants de Montparnasse. La rue du Moulin- Vert, où j’ai été pendant dix-sept ans le voisin d’Alberto Giacometti, est à deux enjambées de la rue des Plantes. J’habite toujours ce même quartier. L’atelier de Jean Carzou est boulevard Raspail où son fils le conserve. Ce périmètre est notre pays (…)  Dans l’isolement de cet atelier du quatorzième arrondissement, Jean Carzou s’engage dans plusieurs directions présentes en ce début du vingtième siècle. Il passe de la figuration simple aux collages, approche le surréalisme et s’intéresse à l’abstraction géométrique. Ce ne sont finalement que les multiples facettes d’une même personnalité, celles d’un artiste en devenir. Puis la peinture figurative s’impose finalement à lui. Mais toutes ces recherches de jeunesse laisseront une empreinte définitive dans son travail qui va désormais associer la rigueur géométrique de sa formation d’architecte à la dimension onirique et poétique de son univers pictural.
C’est à la veille de la Seconde Guerre mondiale que s’affirme sa carrière de peintre. Il obtient son premier succès public en 1939 dans une galerie rue de Seine, à quelques pas d’ici.
Bien que Jean Carzou continue d’exposer pendant les années sombres, sa vie est perturbée. La guerre l’oblige à faire plusieurs séjours en Bourgogne. Il vit à la campagne et découvre les outils agricoles. Ces machines et ustensiles de métal faits de dents, de piques et de crocs, sont une révélation et constituent un formidable réservoir pour son imaginaire. Ces objets, perçus comme monstrueux, deviennent les acteurs sanglants de la représentation d’une guerre larvée et silencieuse qui n’en finit plus. Il parvient ainsi à exprimer toute l’horreur d’un conflit où les machines prennent pour la première fois le pas sur l’être humain, pour les broyer et les anéantir.
Sa capacité à inventer prend appui sur cette réalité. Dans ses paysages transparaissent la peur et l’angoisse sans qu’il n’y fasse jamais figurer une seule goutte de sang. Les machines règnent sur ce monde effroyablement silencieux, témoins immobiles étonnement expressifs de la vacance humaine et de sa folie destructrice. Une forme d’humanité brisée éclate en un foisonnement baroque et coloré.
Il crée des paysages, ports, jardins et villes abandonnés, des espaces qui entraînent le spectateur à s’affranchir de ce réel : « Il me semble que le merveilleux c’est tout l’inconnu qui nous entoure et qu’il est impossible d’atteindre. Pour moi, c’est l’exactitude dont font preuve les astres, l’ordre de la nature et, a contrario, les phénomènes inexpliqués. La flamme. Les cristaux, avec leurs dessins et leurs couleurs extraordinaires. C’est un domaine immense, sans bornes ». Et Roger Caillois d’ajouter : Dans ce domaine illimité, il a découvert quelques chemins qu’il aime et qu’il connaît bien … Il semble que les principales caractéristiques de Carzou puissent se résumer ainsi : un profond intérêt, tant spirituel qu’esthétique, pour les inventions humaines sur le plan des machines faites pour construire ou détruire. Monde d’acier, terrible et docile, où la réalité, le symbole et le cauchemar se rejoignent. Monde complexe, parfois terrifiant, déshumanisé, qu’il traduit en lignes acérées, hérissées de crocs et d’épines, éminemment expressives, révélatrices de la tension intérieure.
On dit en Chine d’une peinture réussie qu’elle est magique.
Cette affirmation aurait plu à Jean Carzou qui voulait, selon ses propres mots, extraire la magie qui existe en toute chose. Jean Carzou refusait les fondements théoriques, préférant suivre une attirance instinctive et presque mystique pour la lumière et le rêve. La réalité est riche, et pour moi, disait-il, toute chose paraît baigner dans une lumière extra-terrestre. C’est ce mélange de rêve et de réalité qui me poursuit.
Jean Carzou savait, lorsque cela lui semblait nécessaire, affirmer et défendre ses idées. Il a exposé, dans ce discours, une vision apocalyptique de l’avenir au travers de ses réflexions sur la peinture. Il a pointé d’un doigt accusateur Cézanne et Picasso. Il les a rendus directement responsables d’une libération de la peinture qu’il considérait trop grande, à tel point, qu’elle risquait en quelque sorte de s’autodétruire.
 
Qu’il me soit permis aujourd’hui de lui répondre, moi qui ai perçu l’œuvre de Picasso différemment. Si Picasso a levé le poids des traditions, c’est pour mieux les prolonger, ouvrant ainsi des voies difficiles mais ô combien fécondes !
De la même manière, la culture chinoise qui m’a été transmise considère que la création picturale est un processus similaire à celui de la création de l’Univers, l’une et l’autre s’exerçant parallèlement. Cette révolution des signes conduite par le cubisme me semble avoir été nécessaire, non pour détruire l’art, mais pour bouleverser le regard que nous portons sur le réel. Il fallait sans doute cette audace incroyable de Picasso pour y parvenir. »

(Source : Académie Nationale des Beaux-arts / 2003)

 

PhM.

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