Les actualités hebdomadaires des Koronin (Philippe Morin / Artemis Irenäus von Baste), culture des arts plastiques & galerie d'Art associative en Ligne.
8 Avril 2014
Koronin Prépa shared Beaux-arts de Paris, l'école nationale supérieure's status update.
/http%3A%2F%2Ffbcdn-profile-a.akamaihd.net%2Fhprofile-ak-frc3%2Ft1.0-1%2Fc12.12.155.155%2Fs100x100%2F1044090_549869375069356_1095485211_a.jpg)
Beaux-arts de Paris, l'école nationale supérieure
Mardi 8 avril à 17h
Conférence "News from Home : le cinéma grec ou l'hypothèse "Oiko-graphique", par Evguenia Giannouri
Salle de Conférences des Beaux-Arts de Paris
A l’invitation d’Emmanuel Saulnier et Fabrice Vannier.
Aristote souligne le rôle de l’« oikos » bien au-delà de la famille nucléaire traditionnelle. Le ménage – non pas l’unité de consommation orientée vers la reproduction biologique des temps modernes, mais plutôt la puissante entité socio-économique et morale de l’Antiquité – est constitué de l’épouse et des enfants mais aussi de la famille proche, des esclaves et des animaux. Ensemble, ils appartiennent à une construction qui dépend pour sa subsistance, des ressources matérielles provenant de l’économie intérieure du ménage. Cette structure socio-économique est par ailleurs destinée à intérioriser et reproduire, au sein de son micro-environnement, les codes et l’idéologie de l'Etat, à savoir la « politieia ». Considéré comme tel, l’« oikos » est le cadre social de la production et de la sauvegarde des richesses, ainsi que le principal mentor de l’ethos public. Pour Aristote, le ménage est le fondement de la ville. Or, la ville n’est pas l’addition de tous les ménages. La « polis » représente plutôt le reflet amplifié de l’« oikos », tandis que l’« oikos » demeure la pierre angulaire sur laquelle la « polis » bâtit son statut.
La maison et la famille occupent une place centrale dans la cinématographie grecque contemporaine. La maison se présente souvent comme un endroit qui cache des secrets. C’est un lieu de confinement où se déroulent des violences et des abus en tous genres. Pour certains, la focalisation sur cet aspect nocif de la vie domestique renvoie directement à l’effondrement que connaît actuellement la société grecque. C’est une manière d’allégoriser la crise en faisant de l’« oikos » la métaphore absolue de la « polis ». Pour d’autres, notamment pour les cinéastes de la vague du bizarre (« The Greek Weird Wave », Steve Rose, 2011), la crise a dévoilé les conditions de production et de perpétuation d’un mal-être collectif issu d’un dysfonctionnement implicite de la société grecque. Situant ce dysfonctionnement au sein même de la maison, ils procèdent à la désacralisation/désarticulation du « nid familial » ainsi qu’à la déconstruction/éclatement des rhétoriques qui alimentent son mythe.
Les films par Yannis Oikonomidis (Boite d’allumettes, 2003), Giorgos Lanthimos (Canine, 2009), Panos Koutras (Strella, 2009), Athina Rachel Tsangari (Attenberg, 2010), Alexandros Avranas (Miss Violence, 2013) décrivent des situations marginales de la vie domestique. Dans un premier temps, mon intervention vise à situer le paradigme de l’« oikos » dans une continuité historique. Il s’agira ensuite de développer une hypothèse : plutôt que d’utiliser la figure de l’« oikos toxique » comme métaphore d’une « polis » en crise, les réalisateurs contemporains conçoivent des oiko-graphies cinématographiques qui déplacent le débat sur le politique de l’arène sociale, vers celle des structures intimes qui l’engendrent.
Evgenia Giannouri est enseignante et chercheuse dans le domaine de la théorie et de l’analyse transversale des images en mouvement (cinéma, vidéo, art contemporain). Elle a fait des études de cinéma, d’histoire de l’art et de lettres à Paris et à Athènes.
https://www.facebook.com/beauxartsparis/posts/679420765447549