Les actualités hebdomadaires des Koronin (Philippe Morin / Artemis Irenäus von Baste), culture des arts plastiques & galerie d'Art associative en Ligne.
25 Mars 2011
Hier après-midi, plutôt vers le début de la soirée, nos étions
au parc floral avec trois de nos étudiants(es) en prépas ensba ensad ensapc : Ban Huy (notre vietnamien qui a encore tant de mal avec la langue de Molière mais s’améliore constamment),
Natalie (américaine, lauréate Parsons Academy, humanitaire dans l’âme qui a déjà «roulé sa bosse » dans les villages africains) & Elisabeth (notre psychanalyste, qui apprend autant des
jeunes artistes qu’ils comprennent encore mieux l’acte créatif par son propre travail). Trois de mes étudiants pour lesquels l’objectif commun est d’avancer progressivement, de manière
structurée, conscients de l’émulation que l’expérience de chacun apporte aux autres, entre leurs différentes sensibilités artistiques. Trois étudiants(es) qui considèrent – différemment de
personnes venant apprendre une spécialité – que chaque spécificité plastique doit être abordée dans sa globalité, les arts plastiques étant un « Tout » à plusieurs facettes qu’il faut
apprendre dans toute sa diversité & sa complexité. Photo Koronin,
Natalie (prépa ensad ensapc), Ban Huy (prépa ensba), Elisabeth (notre psychanalyste & artiste) discutant formes & matières, rapport à l'espace, spontanéité...
L’exposition de land art que nous étions venu voir présentait nettement une figuration d’artistes à la fois gestionnaires d’espaces verts, bricoleurs, tisseurs, ingénieurs & poètes. Un musée naturel face aux portes de Paris, rappelant un peu à l’homme que – non ! – ce n’est pas lui qui bâti tout, invente tout, que l’on trouve déjà tout dans la nature. La forêt, le sous-bois, la pelouse, le travail des animaux sont déjà de fantastiques répertoires de formes, d’installations, de performances.
Comme je dis souvent à mes jeunes en prépas ensad ensba ensapc & écoles d’architecture : « Vous avez des livres d’histoire de l’art mais aussi une planète entière qui vous entoure. Cherchez-y autre chose que les parcours scolaires, sociaux & religieux des artistes ! Profitez-en pour vous interroger à propos de la valeur du travail plastique humain face à celui de la nature, de savoir si la fonction d’une forme pourrait la modifier, si une forme change par la matière utilisée pour la créer, si sa substance première en serait sa seule quiddité ; si la forme serait indépendante de la matière car, comme le disait Baudelaire ce ne sont pas les molécules qui constituent la forme !»
Photo Koronin, mais un travail d'autres personnes : une araignée confectionnée de
branchages, de feuilles, de bulbes, parfaitement évolutive & rappelant de part son concept de métamorphose dans le temps l'une des oeuvres de Koons à
versaille.
A propos de l’araignée ci-dessus présentée, je relevais trois avis de personnes du public, attirées par notre discussion :
. Une maman avec poussette d’enfant qui, de monter sa main à son col de veste me lança un « Mon dieu ! Qu’elle a l’air vivante ! On croirait qu’elle nous observe, qu’elle s’apprête à nous bondir dessus ! »
. Un jeune homme semblant avoir pour objectif de parvenir à une destination pour, une fois sur place, s’en donner un autre ; & qui nous jeta : «C’est facile, primaire ! Sans réflexion ! Le mec qui a fait ça, on ne sait rien de son CV…»
. Un sénior, regardant le jeune homme comme une pancarte à Beverly Hills aurait aimablement prévenu « si vous tirez, on riposte ! », & d’ajouter : « Ah ! Enfin, il se passe quelque chose dans ce parc ! »
L’exposition du parc floral aurait certainement plu à Louise Bourgeois, à Mâkhi Xenakis ou Jeff Koons. On aurait pu trouver un tas de morceaux de charbon au sol & se dire : « tiens… à sa place, il y avait un arbre… ». L’on pouvait déjà affirmer que les œuvres présentées, faites de feuilles mortes, de branchages, de ficelles et de bulbes avait pour contrariété avec l’art actuel le mot « non-exportable », vu que les déplacer en galerie, par exemple, aurait pour résultat leur démontage, la perte de leur habitat naturel, de toute spontanéité liée à leur création ; un non sens.
Ramasser des feuilles parce qu'on les trouve belles, Franquin en avait déjà fait un amer gag avec son personnage de bande dessinée, "Gaston Lagaffe", esseulé dans un troupeau de matérialistes. Prendre ce qui a été détruit, laissé au sol, que le temps altère, considéré comme non noble, c’est ce que Boltanski, Krajcberg avaient fait avec leur « vision de Gagarine », ou le Facteur Cheval avec son « palais idéal » : refaire, recréer, réinventer avec le périssable, créer la beauté à base de laideur, mettre de la substance dans l’inutile, donner vie à partir du mortifié.
La vie de l’oeuvre d’art, sa beauté, c’est bien ce qui devient visible, les préjugés ôtés.
PhM.