Les actualités hebdomadaires des Koronin (Philippe Morin / Artemis Irenäus von Baste), culture des arts plastiques & galerie d'Art associative en Ligne.
16 Mars 2011
Suite du précédent article "ensad ensba gobelins : comment réussir
le concours (1 & 2)". (Ci-contre, photo Koronin)
"Toute image suppose un geste de figuration, au sens actif de ce terme, à partir d'un matériau", dit J.Aumont, professeur de l'ensba.
Hier après-midi l’un de mes étudiants de retour de sa première épreuve de concours m’indiquait l’avis du jury sur son dossier : techniquement à niveau mais manquant de « vie ». Pour réussir ce concours (entrée en première année de BTS dessin d’animation, sans repasser par la case départ), le jury lui accordait une seconde chance à la condition que mon étudiant améliore sa façon de narrer plastiquement une histoire, que le cadrage, la couleur, le travail de la ligne, l’utilisation du mouvement indiquent clairement une sensation, un élan psychologique, un sens – au terme d’émotion.
Donner vie à une scène, à une image, à un volume, consiste d’abord, selon ce que je vous enseigne chez Koronin, à une épuration, un travail de réduction de la chose représentée à son expression la plus claire, la plus intelligible, comme mettre en évidence les caractères essentiels en élaguant les traits accidentels, les rajouts, l’anecdote, l’accessoire. Simplifier, unifier, rectifier, singulariser s’opère techniquement pour rendre l’image lisible (quel enjeux plastique se déroule dans votre image ?). Abstraire, soustraire, exagérer, accentuer, renforcer, souligner, acter en pure liberté comme un acte indépendant de toute manière mécanique ou acquise ; se débarrasser de l’essence géométrique...
Et ces deux opérations se font simultanément dès que vous cessez la perception passive pour mener une véritable étude faite par l’intelligence & le sentiment sur les données de l’œil. L’intelligence fait la décomposition de l’image à créer par ses facteurs, elle rend compte des divers éléments qui doivent la constituer & résultant des lois de l’optique en ce qui concerne les lignes, les surfaces, l’éclairement & les colorations. Le sentiment qui nous pousse à créer l’image s’adjoint à cette intelligence pour évoquer les attitudes car elle prend contact avec ce que j’appelle « âme des choses ».
Elle opère la réduction dont nous parlions, cherche l’essentiel, le geste dominant, le galbe qui sont nécessaires à ce que nous nommons le mouvement, un acte commencé qui fait passer d’un visuel à un autre, d’une attitude à une autre.
Le mouvement qui donne vie au trait, à une masse, implique une succession de moments ou temps ; y compris dans le dessin qui, différemment de la performance, de la musique ou de la danse n’a que l’espace pour lui. Ce qui fait la vie d’un dessin – comme de toute autre œuvre – n’est donc pas le degré technique ou technologique que vous y mettez (le culte de la touche F5 du logiciel Photoshop est utopique) mais bien la sensibilité par laquelle votre trait, vos couleurs, vos cadrages, vos choix de médiums & de supports permettent d’éprouver les sentiments, d’amener l’excitation morale chez le spectateur, de déclencher la réceptivité de l’esprit : une conscience accompagnée de sensations.
Conclusion de mes trois articles :
Les points, les lignes, les cercles, les masses & rapports volumiques, que chacun a dans l'esprit sont de simples copies des points, des lignes, des cercles, des masses & rapports volumiques qu'il a connus dans l'expérience (avec l’aide d’une citation de Stuart Mill). Et nous traçons des lignes droites ou courbes parce que nous le voulons, non parce que nous le devons. Notre esprit plastique en utilise peu, très peu, mais bien placées. Et ces droites, ces courbes, ces masses colorées sont vivantes parce que (encore une fois), ce n’est pas l’explication de la réalité qui nous motive mais plutôt l’expression d’une passion. L’étudiant en prépa des concours ensad ensba & surtout Gobelins prend souvent exemple pour comprendre la décomposition d’un mouvement sur l’appareil photographique, au détriment de son œil propre.
Il ne dit pas s'y limiter à recopier !
L’appareil photographique saisit un instantané immobile - comme si le modèle « posait » - là où l’œil voit l’instant d’un geste commencé & sa terminaison, c'est-à-dire le lapse de temps entre une attitude & une autre, impliquant essentiellement une mesure temporelle. Si vous observez bien le travaille d’Etienne Jules Marey (il s'agit de faire une analyse du mouvement d’un sujet humain ou animal, qui passe devant l'appareil qui,grâce à un système faisant avancer le film en synchronisation avec l'ouverture de l'obturateur, permet d'établir une décomposition de son mouvement), ou celui d’ E.Muybridge et son “galop de Daisy”, vous vous apercevez que le mouvement parait figé. Dans ces deux travaux, l’humain & le cheval (Daisy) semblent effectuer un « saut de puce », comme le disait Rodin à propos des photos de Daguerre comparativement aux courses de chevaux de Degas dans lequelles il se régalait de la vélocité des concurrents.
Les futuristes, Duchamp, Balla ou encore Bacon se serviront certes des travaux photographiques pour comprendre la dynamique du mouvement sa décomposition, mais aussi & surtout afin de s’abstraire de la simple mécanique de l’objet afin de questionner l’idée de mouvement & parvenir à en exacerber la notion ; comme l’aurait fait un mime ou l’Op Art qui « créé la réalité » d’un mouvement – d’une vie abstraite – par des procédés optiques complexes.
C'est la passage d'une attitude à une autre, même entre volumes, entre surfaces colorées (dominantes, toniques, sous toniques, médiantes...) que l'étudiant au concours ensad ensba Gobelins etc. doit parvenir à saisir, l'instant furtif qui comporte l'instant commencé & l'instant terminé qui donnent "vie" à son boulot !
« Ne méprisez la sensibilité de personne. La sensibilité de chacun, c'est son génie. »
Charles Bauledaire.
PhM.