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Les Koronin : le Blog !

Les actualités hebdomadaires des Koronin (Philippe Morin / Artemis Irenäus von Baste), culture des arts plastiques & galerie d'Art associative en Ligne.

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ensad ensba gobelins : comment réussir le concours (3)

koronin-ensba-sculp.jpgSuite du précédent article "ensad ensba gobelins : comment réussir le concours (1 & 2)". (Ci-contre, photo Koronin)

"Toute image suppose un geste de figuration, au sens actif de ce terme, à partir d'un matériau", dit J.Aumont, professeur de l'ensba.

Hier après-midi l’un de mes étudiants de retour de sa première épreuve de concours m’indiquait l’avis du jury sur son dossier : techniquement à niveau mais manquant de « vie ». Pour réussir ce concours (entrée en première année de BTS dessin d’animation, sans repasser par la case départ), le jury lui accordait une seconde chance à la condition que mon étudiant améliore sa façon de narrer plastiquement une histoire, que le cadrage, la couleur, le travail de la ligne, l’utilisation du mouvement indiquent clairement une sensation, un élan psychologique,  un sens – au terme d’émotion.

Donner vie à une scène, à une image, à un volume, consiste d’abord, selon ce que je vous enseigne chez Koronin, à une épuration, un travail de réduction de la chose représentée à son expression la plus claire, la plus intelligible, comme mettre en évidence les caractères essentiels en élaguant les traits accidentels, les rajouts, l’anecdote, l’accessoire. Simplifier, unifier, rectifier, singulariser s’opère techniquement pour rendre l’image lisible (quel enjeux plastique se déroule dans votre image ?). Abstraire, soustraire, exagérer, accentuer, renforcer, souligner, acter en pure liberté comme un acte indépendant de toute manière mécanique ou acquise ; se débarrasser de l’essence géométrique...

 

Et ces deux opérations se font simultanément dès que vous cessez la perception passive pour mener une véritable étude  faite par l’intelligence & le sentiment sur les données de l’œil.  L’intelligence fait la décomposition de l’image à créer par ses facteurs, elle rend compte des divers éléments qui doivent la constituer & résultant des lois de l’optique en ce qui concerne les lignes, les surfaces, l’éclairement & les colorations. Le sentiment qui nous pousse à créer l’image s’adjoint à cette intelligence pour évoquer les attitudes car elle prend contact avec ce que j’appelle « âme des choses ».

Elle opère la réduction dont nous parlions, cherche l’essentiel, le geste dominant, le galbe qui sont nécessaires à ce que nous nommons le mouvement, un acte commencé qui fait passer d’un visuel à un autre, d’une attitude à une autre.

 

Le mouvement qui donne vie au trait, à une masse,  implique une succession de moments ou temps ; y compris dans le dessin qui, différemment de la performance, de la musique ou de la danse n’a que l’espace pour lui. Ce qui fait la vie d’un dessin – comme de toute autre œuvre – n’est donc pas le degré technique ou technologique que vous y mettez (le culte de la touche F5 du logiciel Photoshop est utopique) mais bien la sensibilité par laquelle votre trait, vos couleurs, vos cadrages, vos choix de médiums & de supports permettent d’éprouver les sentiments, d’amener l’excitation morale chez le spectateur, de déclencher la réceptivité de l’esprit : une conscience accompagnée de sensations.

 

Conclusion de mes trois articles :

 

Les points, les lignes, les cercles, les masses & rapports volumiques, que chacun a dans l'esprit sont de simples copies des points, des lignes, des cercles, des masses & rapports volumiques qu'il a connus dans l'expérience (avec l’aide d’une citation de Stuart Mill). Et nous traçons des lignes droites ou courbes parce que nous le voulons, non parce que nous le devons. Notre esprit plastique en utilise peu, très peu, mais bien placées. Et ces droites, ces courbes, ces masses colorées sont vivantes parce que (encore une fois), ce n’est pas l’explication de la réalité qui nous motive mais plutôt l’expression d’une passion. L’étudiant en prépa des concours ensad ensba  & surtout Gobelins prend souvent exemple pour comprendre la décomposition d’un mouvement sur l’appareil photographique, au détriment de son œil propre.  

Il ne dit pas s'y limiter à recopier !

  

 L’appareil photographique saisit un instantané immobile - comme si le modèle « posait » - là où l’œil voit l’instant d’un geste commencé & sa terminaison, c'est-à-dire le lapse de temps entre une attitude & une autre, impliquant essentiellement une mesure temporelle. Si vous observez bien le travaille d’Etienne Jules Marey (il s'agit de faire une analyse du mouvement d’un sujet humain ou animal, qui passe devant l'appareil qui,grâce à un système faisant avancer le film en synchronisation avec l'ouverture de l'obturateur, permet d'établir une décomposition de son mouvement), ou celui d’ E.Muybridge et son “galop de Daisy”, vous vous apercevez que le mouvement parait figé. Dans ces deux travaux, l’humain & le cheval (Daisy) semblent effectuer un « saut de puce », comme le disait Rodin à propos des photos de Daguerre comparativement aux courses de chevaux de Degas dans lequelles il se régalait de la vélocité des concurrents.

 

Les futuristes, Duchamp, Balla ou encore Bacon se serviront certes des travaux photographiques pour comprendre la dynamique du mouvement sa décomposition, mais aussi & surtout afin  de s’abstraire de la simple mécanique de l’objet afin de questionner l’idée de mouvement & parvenir à en exacerber la notion ; comme l’aurait fait un mime ou l’Op Art qui  « créé la réalité » d’un mouvement – d’une vie abstraite – par des procédés optiques complexes.

 

C'est la passage d'une attitude à une autre, même entre volumes, entre surfaces colorées (dominantes, toniques, sous toniques, médiantes...)  que l'étudiant au concours ensad ensba Gobelins etc. doit parvenir à saisir, l'instant furtif qui comporte l'instant commencé & l'instant terminé qui donnent "vie" à son boulot !    

 

« Ne méprisez la sensibilité de personne. La sensibilité de chacun, c'est son génie. »

Charles Bauledaire.

 

PhM.

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R
<br /> <br /> mais la vie que vous définissez, y a pas comme un côté "magie" ?? et la technique ??<br /> <br /> <br /> <br />
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K
<br /> <br /> Pardon ? Quelle magie ?<br /> <br /> <br /> La magie suppose l’intervention du surnaturel ; rien à voir avec l’art. Le sentiment<br /> est conscience intuitive, perception, sensation, impression : « conscience » de ce que l’on a d’une chose. Cette « conscience », ce ressenti s’exprime par le trait, les<br /> masses colorées, la composition. Il est ici, dans le cadre de donner vie à une forme plastique, expression de votre sensibilité, c'est-à-dire d’exprimer plastiquement, de nous faire éprouver des<br /> sensations. Si vous racontez une histoire drôle à quelqu’un sans avoir très envie de le faire rire, vous ne transmettez pas de sentiment, votre discours n’exprime rien. Vous êtes technique, mais<br /> pas plastique.<br /> <br /> <br /> Je reprends souvent l’exemple du dessin animé « Ratatouille », dans lequel les<br /> animateurs sont allés passer quelques temps dans les cuisines des restaurants les meilleurs : entendre, voir, goûter, savourer, ressentir...<br /> <br /> <br /> La technique arrive en appui de votre création, de façon supplétive. C’est votre<br /> boîte à outils, votre établi, mais en aucune façon une boîte à outils ou un établi ne possèdent le secret pour créer Pinocchio. C’est aussi votre seule envie, votre unique désir d’en faire une<br /> marionnette, votre façon de jouer avec qui va lui transmettre cette vie de petit garçon.<br /> Pas la fée bleue…<br /> <br /> <br /> PhM.<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> <br /> ...<br /> <br /> <br /> <br />
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D
<br /> <br /> La prof n'est pas la personne âgée ???<br /> <br /> <br /> <br />
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K
<br /> <br /> Que non, mon ami. La prof est visible de dos avec son pull gris, qui attend que son<br /> étudiante, en CIF, effectue les bons gestes.<br /> <br /> <br /> L’étudiante en question (pas si âgée que cela, d’autant moralement) est psychanalyste<br /> & artiste amateur éclairée. Une élève avec qui il est assez passionnant de travailler.<br /> <br /> <br /> PhM.<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> <br /> Effectivement !!! Mais dans vos prépas vous faites appel à des modèles qui posent, si je ne me trompe pas. Des modèles figés. Des modèles statuaires aussi (votre prépa présente beaucoup de<br /> natures mortes si je regarde votre brochure). Comment, dès lors, déterminer l'attitude du sujet, pour que le dessin ne soit pas figé et que pour le personnage d'animation n'ait pas l'air de<br /> poser ?<br /> <br /> <br /> Autre question : dans la photo, la professeure montre bien du siporex ?  <br /> <br /> <br /> <br />
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K
<br /> <br /> Pour donner au sujet représenté – humain, animal, objet, groupe d’objet, phénomène de<br /> matière(s), masse(s), volume(s)…  - une allure de mouvement, une vie intrinsèque qui détient un sentiment, exprime le nôtre, il faudra le mettre dans<br /> une composition qui contienne des éléments de contrastes, de confrontations, d’autres attitudes comme nous suggérer celle qu’il avait avant & celle qu’il aura après, quand le<br /> « mouvement » sera  accompli.<br /> <br /> <br /> En dessin d’animation (prépa concours Gobelins emca), un mouvement de quelque importance<br /> ne se fait pas instantanément, notamment dans toutes les parties d’un sujet : par exemple certains  membres du corps auront entamé un<br /> mouvement  alors que d’autres maintiendront encore l’attitude précédente. <br /> <br /> <br /> Oui, ma prépa (Koronin) fait beaucoup de travaux d’observation d’après nature : il<br /> s’agit pour l’étudiant(e) aux concours ensad ensba inp gobelins de bien comprendre les notions d’avant, moyen & arrière plan, de couleurs, de valeurs, d’ombres & lumières, de relation<br /> entre matières, de liaisons à l’environnement. Vous ne pouvez créer des attitudes, des combinaisons « volume/espace », vous ne pouvez donner vie à quelque chose si vous n’avez pas<br /> préalablement observé comment fonctionnent ces choses, quelles sont leurs essences intrinsèques, quelles corrélations vous pouvez bâtir entre elles par contrastes ou rapports de matières, de<br /> couleurs, d’espaces.<br /> <br /> <br /> Comme disait (approximativement) Rodin : la beauté vient du sentiment que vous mettez<br /> dans l’œuvre…<br /> <br /> <br /> Sur la photo, c’est bien un travail de dégrossissement (sculpture) à partir de Siporex. Un<br /> matériau de construction idéal pour débuter & déjà responsabiliser la main. Quant’ au professeur, il s’agit bien de la jeune femme de dos, l’étudiante étant perchée sur la chaise.<br /> <br /> <br /> PhM.  <br /> <br /> <br /> <br />