Les actualités hebdomadaires des Koronin (Philippe Morin / Artemis Irenäus von Baste), culture des arts plastiques & galerie d'Art associative en Ligne.
8 Mars 2011
Mais comment diable réussir un concours ensad ensba gobelins qui, par essence, est anti-scolaire ?
La réussite aux concours, on
la lit, on nous en parle, on nous la rabâche jusqu’à la nausée comme si l’étudiant(e) en art ne pouvait avoir d’autres voies, que l'école d’art soit l’unique cheminement vers la brillante
carrière. Pourtant, recevoir son diplôme de fin d’études en art témoigne des criblages organisés par des maturités intellectuelles dont le jeune
artiste aura su par lui-même s’affranchir. J’écris bien « par lui-même » car, différemment de tout autre domaine d’études, l’Art est opposé à la notion de simple métier (qui a pour objet la production de choses utiles), de mécanisme scolaire, de strict apprentissage d'un savoir-faire comme l'on formerait
quelqu'un à un poste d'entreprise. Il se rapproche plutôt de l’idée de multiples visions du monde, d’expression d’un but & d’une fin propre.
En plus clair, Si vous pensez que concourir aux concours ensad ensba ensapc Gobelins consiste à d'abord montrer vos capacités techniques (utilisation de techniques classiques, de logiciels), à considérer ces établissements uniquement comme des pôles techniques de formation, vous vous gourrez ! L'ensad, par exemple, met certes à votre disposition les moyens de parvenir à exprimer vos idées mais c'est vous & vous seul qui devez, par immersion dans le travail des autres (workshop), par imprégnation (regard sur le travail d'autrui) y recentrer votre propre travail plastique sur vous-même, en privilégiant l’expression de votre sensibilité appuyée par le choix d’outils, de techniques sélectionnées, revisitées, réinvesties en fonction de votre façon de construire votre univers.
Si concourir demande évidemment la connaissance des bases techniques (sans outil ou
connaissance de la nature des matériaux, comment bâtir avec fiabilité ?), il convient rapidement de subordonner vos capacités techniques à l’expression du trait, de la perspective, de la liaison
entre volume & environnement. Placer un objet dans un contexte visuel n’est valable que si les notions de plans, d’interactions entre les matières, les ombres & les lumières - l’ambiance
– sont travaillés.
Comme je le dis souvent à mes étudiants en prépa gobelins, faire un colorscript à base de logiciels ne vaut réellement qui si l’ambiance dans l’image créée est au point. Je leur donne souvent ce
défi consistant à illustrer une petite ruelle nocturne, angoissante, dont l’architecture à défilement bouche l’horizon. L’on distingue très rapidement les étudiants qui se seront contenté d’un
rendu purement technique, presque insensible, de celles & ceux qui auront d’abord usé du croquis d’extérieur & recherché les données précises mais ouvertes sur lesquelles ils auront
ensuite basé & leurs propres craintes ou cauchemars : par exemple la peur de l’océan de pénombre entre chaque ilot de lumière des réverbères.
Bien entendu, la culture générale fera toujours la différence entre les candidats aux concours. G.Gallot, directrice de l'ENSAD & ex-patronne de l'INP, le notait encore & encore ; tout comme Ph.Hurteau, directeur de l'école d'Angers appuyait sur l'inculture ou à contrario l'hyper-spécialisation de trop de candidats. Culture générale ne rime pas avec cours récités ou autre vernis superficiel et formaliste. N'importe qui est capable d'avaler par coeur des pages de bouquins & de les restituer face à une question scolaire précise. Or, la culture G comprend une part active de construction de votre personnalité, de capacité d'évolutivité de votre jugement esthétique, par vos soins, vis à vis de l'ensemble des connaissances mises à votre disposition. C'est la culture individuelle, active, celle que l'on n'apprend pas en amphithéâtre passivement attablé à attendre la becquée de la part d'un enseignant. Elle permet votre adaptation à des situations inattendues, non scolaires, comme un sujet (vignette) d'art moderne aux épreuves d'admissibilités du concours INP, ou une question sur le film "Docteur Knock" - avec Louis Jouvet - au concours des Gobelins.
Regarder. Voir. Ecouter & entendre. Toucher. Sentir & ressentir. Exprimer au lieu d’expliquer. Avoir quelque chose à dire plutôt que chercher quoi dire. Donner sa vision du monde, en lieu & place de résumer ce que dit autrui. Faire de ses maladies un charme. Et pour dessiner le « zen de la carotte » : en manger une, penser à la soupe de grand-mère, se voir pousser dans le sol… S'il devait y avoir une unique recette pour réussir ces concours, ce pourrait être celle-là.
Pour raconter une histoire drôle, il faut avoir envie de faire rire. Sinon, vous ne transmettez rien. Et tout à fait logiquement, vous n’êtes pas lauréat de votre concours.
PhM.