Les actualités hebdomadaires des Koronin (Philippe Morin / Artemis Irenäus von Baste), culture des arts plastiques & galerie d'Art associative en Ligne.
11 Janvier 2010
« 18 ans » titrait mon précédent article. 18 ans d’enseignement à des étudiants souvent très différents les uns des autres, pour beaucoup souhaitant intégrer les cursus des grandes écoles d’art. Concourir, c’est vouloir évidemment faire partie des lauréats. C’est aussi prendre le risque de se voir éconduit, parfois sans ménagement.
En un mot, un mot moderne, qu’elles sont les « motivations » qui poussent un jeune plasticien à affronter l’opinion parfois marmoréenne des membres des comités de sélections ?
C’est une question que l’on se pose sans pourtant s’attarder dessus tant elle apparaît complexe. Peut-être craint-on qu’elle tienne de la psychanalyse et du décapsuleur de boîte crânienne parce qu’elle fait appel à la valeur de la sensation, celle qui définit la condition
existentielle du candidat plutôt qu’au choix d’un simple projet professionnel semé d’examens.

Photo Koronin, petit coin de l'atelier.
De certains jeunes adultes se dirigent vers l’art avec l’idée qu’il s’agit d’un tremplin, d’une expérience personnelle vers le développement d’une autre activité professionnelle dans laquelle
l’art est un outil parmi d’autres. L'accès au cursus de la grande école d'art est un enrichissement personnel, un segment plus ou moins long de leur parcours plus qu'une volonté de
devenir des artistes.
D’autres personnes affrontent les sélections des concours d’entrée avec l’assurance d’une bonne scolarité lycéenne ou universitaire. Leur vision de l’école d'art est celle d’un lieu où acquérir un savoir-faire convenu, ramené une longue liste d’opérations manuelles, de procédures mécaniques dans lesquelles le talent est dispensé par l'obtention des unités de crédits. La meilleure des façons d’étouffer les spontanéités si indispensables à l’acte plastique, de couper le courant à la compréhension de cet acte, de frapper la sensibilité d’inefficacité.
A l’inverse de cette catégorie de postulants il est une famille de jeunes qui concourent à entrer dans les grandes écoles d’Art par plaisir. Leur
habituelle manque de réceptivité au milieu purement scolaire peut d’abord passer pour de la négligence et déconcerter le monde universitaire, très hiérarchisé selon les critères d’examens. Ils ne
peignent pas forcément avec des brosses et pinceaux mais ici avec leurs doigts, là avec une cuiller, un balai, par-dessus avec un grattoir constitué d’une tranche de feuille de papier
journal.
Par autant de procédés insolites ils besognent la pâte, la couleur, le support. Et dans la couleur il n’est plus question d’entendre respect des
gammes mais souvenir d’inflexions de voix, de bruits du monde. Ces jeunes viennent dans les écoles d’Art pour mettre en jeu mille choses subtiles, toutes liées entre-elles, où participent le
quantum de lustrage et les variations de textures, le noble et le vulgaire, débarrassé du carcan du coefficient de rareté. Ils y travaillent d’atelier en atelier comme ils créent un monde.
Déjà, petits, ils ont épuisé les boîtes de feutres de la maternelle, se sont faits punir en cours de maths pour s'être
émerveillé du dessin des chiffres et ont enquiquiné leurs profs de philo parce qu’ils ont une nette propension à considérer qu’ils veulent parler du monde par leur propre vision. Enfin, ils ne
passent pas par les écoles. Ils s'y font plastiquement naître, y vivent, y affrontent leurs échecs-vainqueurs et leurs odieuses-victoires, parce que pour eux le mot « sentiment » à tout son
sens.
Une fois leur diplôme reçu, regardez leurs visages. Ils passent la porte, vers la sortie, heureux du témoignage de leurs pairs, mais
prêts à faire marche arrière si l'occasion leur était donnée de rester encore un peu. Quitter l'école devient un sevrage et le coeur s'allourdit secrètement d'envie envers celles et
ceux qui sont encore entre les murs des ateliers.

Photo Koronin, planche de nus, poses de 5 à 10 mn, encre de chine sur papier. Par Qi.
PhM.
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