Les actualités hebdomadaires des Koronin (Philippe Morin / Artemis Irenäus von Baste), culture des arts plastiques & galerie d'Art associative en Ligne.
30 Août 2010
Première partie
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Pour faire suite à mon précédent article concernant le nu féminin versus masculin, j’ouvre ici une série dédiée au modèle vivant et de ses techniques telles que mes étudiants de première année en prépa ensad ensba Gobelins & inp exploitent cette discipline.
J’échelonne sa publication complète sur un mois environ, à raison de deux articles par semaine, vu la somme d’informations à vous communiquer.
Photo Koronin.
Le dessin de nu est l’exercice précis permettant à l’étudiant de faire valoir sa compréhension - donc sa maîtrise – de l’observation, si essentielle à l’artiste plasticien. Plus profondément que l’observation d’un corps inerte, géométrique, le modèle vivant ouvre à étudier l’équilibre d’un corps non symétrique, d’en exprimer le mouvement général, d’en distinguer les mouvements secondaires (lorsqu’il y en a), d’en évaluer la perspective et l’implication dans un environnement précis. J’entends ici par « implication » la relation à l’espace par le mouvement, les matières, les ombres projetées etc.
En dernier point, des plus fondamentaux, l’exercice de modèle vivant permet d’apprendre à traiter le raccourci, une aptitude plastique que les jurys des concours ensad ensba inp Gobelins, et même du CAPES d’arts plastiques, dénoncent régulièrement comme étant mal utilisés voire ignorés par nombre de candidats.
L’essence de la discipline :
S’il est commun d’entendre que l’exercice de modèle vivant serait dépassé – quelques écoles de province (EPCC) ne le pratiquent plus - c’est certainement parce qu’il réclame comme une condition de réussite des dispositions plastiques précises, dont la compréhension et l’acceptation de contraintes liées à l’utilisation d’outils rigoureux dans un lapse de temps déterminé. Une discipline subséquemment exigeante qui remet constamment en question les capacités plastiques réelles du plasticien.
Le modèle vivant n’est ni une nature morte avec un cœur qui bat, ni un modèle lambda qu’on aura choisi en
fonction de tarifs de prestations. Il tisse des liens partenariaux avec l’artiste et l’œuvre, en parfaite triangulation avec ce que Platon nommait au-delà de l’apparence comme étant l’Idée. Ici,
cette idée « plastique », c'est-à-dire fidèle et égale au rêve qui l’a enfanté, touche à la limpidité car elle tient tout entière dans la précision.
Le temps imparti pour parvenir à l’Idée (temps de pose) est contraint et nécessite maîtrise et technicité ; il conforte forcément l’acquis de l’expérience et entraîne une maitrise de la discipline quand celle-ci est encore incomplète. On peut donc affirmer sans crainte qu’il est autant possible d’admirer le modèle vivant posant que le travail plastique qu’en aura tiré l’artiste.
Le choix du modèle est fonction de sa personnalité en rapport avec l’Idée.
Photo Koronin, cours de nu sur le thème des postures et compositions de Ingres.
Médiums & supports :
Il n’existe aucune règle précise (outre les habituels académismes parfois lassants) concernant les médiums (crayons, encres, peintures, feutres etc.) & supports (papiers divers, cartons, bois, toiles etc.) à utiliser pour l’exercice. L’important est de disposer d’un instrument courant facilement sur le support, l’essentiel étant de pouvoir consécutivement disposer de moyens de conservation et d’entreposage évitant de présenter aux concours ensad ensba des originaux en piètre état.
Exercer le modèle vivant :
L’étude du modèle vivant débute par celle des proportions du modèle. Celles-ci varient d’un corps à l’autre, avec une nette différence des êtres au niveau du visage, sans toutefois oublier que la véritable identité du modèle réside avant tout dans son corps complet. La silhouette idéale, facile à représenter n’existe pas.
Certaines personnes mesurent environ six têtes de haut, d’autres neuf ; en gardant à l’esprit que la taille du corps moyen – six têtes - est une indication relative, temporaire, à ne considérer que jusqu’à ce que vous ayez acquis la capacité de voir et de dessiner l’individu (identité intellectuelle et corporelle) qui pose devant vous.
Photos Koronin, attitudes, crayon "pierre noire" sur papier, étudiante reçue emca.
Face au modèle vivant :
L’une des erreurs les plus fréquentes, à laquelle Koronin fait systématiquement la chasse en cours, est de moins regarder son modèle que sa feuille. L’étudiant conscient de ce qu’est le croquis regarde moins sa feuille que le modèle. Au cours d’une pose de dix minutes, il peut en passer six à observer, à voir, et à peine trois à dessiner.
En observant :
a) L'étudiant créé déjà une meilleure adéquation entre son œil et sa main,
b) Il dissocie l’équilibre et le mouvement du modèle,
c) Il comprend que, dans la réalité, l’équilibre est éphémère, le corps luttant contre l’attraction terrestre et pratiquant donc de légers et permanents correctifs de son positionnement, sans pourtant altérer le mouvement – dans le cas où l’on considère que la pose est un mouvement arrêté, l’équilibre devenant alors une fraction du mouvement,
d) Il travaille le mouvement (par le trait, les contours, les ombres) de façon à animer la totalité du corps,
e) Il fabrique cette aptitude non naturelle à dessiner en trois dimensions (largeur, hauteur, profondeur) et ressent l’illusion de l’espace,
f) Enfin, il apprend que la lumière, son utilisation dans toute production graphique est intrinsèque à la couleur, à la relation à l’espace, à l’éclairage.
Comme je le dis souvent à mes étudiants : si vous avez devant vous un modèle avec les ombres à « midi », c’est çà dire que les volumes reçoivent une lumière au zénith solaire, alors il est inutile de dessiner, car les contrastes de lumières seront inexistants du fait du manque d’ombres. Les volumes des modèles ne pourront être exprimés.
Mon prochain article traitera plus précisément des techniques du modèle vivant – à la prépa Koronin – et de l’intérêt du croquis au trait pour le concours inp.
A suivre, donc…
PhM.