Les actualités hebdomadaires des Koronin (Philippe Morin / Artemis Irenäus von Baste), culture des arts plastiques & galerie d'Art associative en Ligne.
26 Août 2010
Afin de dissiper les a priori concernant la représentation plastique du nu masculin / féminin, un internaute me suggère la rédaction de cet article.
Loin de repartir dans l’histoire de l’Art et de reprendre les théories du nu entre les arts pariétaux, renaissants, néoclassiques & j’en passe – car l’article tiendrait alors du mémoire – je vais me resituer par rapport à l’enseignement du nu tel que Koronin entend le transmettre à ses étudiants en prépas ensad ensba Gobelins etc. C'est-à-dire ce avec quoi ils parviennent à montrer aux jurys des concours leur capacité d’emploi des finalités originales de la discipline.
Qu’est ce que le nu ?
Plutôt que de représenter le modèle du strict
point de vue « physique », le nu constitue un exercice qui tente dans un double jeu à travers la psychologie du modèle et celle de l’artiste de recréer une image du corps humain ce par
quoi la gestuelle devient le miroir des implications psychologiques, philosophiques et esthétiques du corps.
En plus clair : « pose nu devant moi, je te dirai à partir de tes attitudes (déplacement dans l’espace, occupation/relation à l’environnement, mimiques) qu’elles couleurs celles-ci me suggèrent, comment ta personnalité qui s’en dégage va agrémenter mon thème ! »
Photos Koronin (déjà éditées), la salle de cours de nu, croquis par Myriam (reçue emca) & Qi (reçu ensad) : nu masculin en mouvement, nus féminins en poses alternatives, tous deux croquis de quelques minutes.
Par une vue sensible, l’exercice définit l'être humain, souvent dans son acceptation naturelle mais aussi - et surtout - personnelle. Si les représentations de nus sont entrées dans les standards de l'imagerie collective, dans l’exercice à maîtriser parmi d’autres pour entrer à l’ensad ou l’ensba, de nouvelles voies d’application et de développement n'ont cessé d'être explorées, notamment, le body art (ou art corporel) à travers des performances, des représentations parfois crues du corps dans un thème majeur de réflexion autour d'enjeux sociaux, psychiques, politiques, et personnels.
Différence entre le nu féminin ou masculin ?
A l’exception de quelques statuettes de Vénus préhistoriques comme celle de Willendorf, aux seins pesants et aux hanches démesurées, à l’exception de quelques représentations schématiques de chasseurs sur les parois des grottes, les premiers nus de l’histoire de l’Art sont grecs, et ce sont des hommes. (source : Académie nationale des beaux-arts).
Le nu féminin, tout en exprimant un idéal de beauté, esthétique, traduit parfois un érotisme et implique le plus souvent une valeur symbolique. Selon
les époques et les œuvres, il peut tout aussi bien symboliser la perfection d'une divinité antique, l'innocence d'Eve au paradis que le libertinage du XVIIIe siècle, ou la condition de la femme
dans notre société.
En effet, dans l’ensemble environnemental médiatique (publicité) l’image de la femme aura été plus présente que celle de l’homme ; mais aussi dans les mouvements artistiques modernes comme le pop art, par exemple, qui s'est réapproprié des images commerciales de nus, voire d'images pornographiques ; les automutilations de Gina Pane, ou les Fuck Faces, sculptures de Jake et Dinos Chapman.
Le corps, ayant abandonné sa dimension de représentation canonique des catégories esthétiques classiques, est devenu un vecteur de réflexion et de subversion.)
Photo Koronin, Rayane préadmise aux Gobelins, reçue emca.
Du domaine graphique !
Depuis deux siècles, consécutivement à Ingres, aux tableaux de David, c’est devenu une habitude de mettre en exergue le nu féminin dans les cours, comme dans les concours ; sans doute parce que le nu féminin permet de développer plus de courbes, plus de gestuelle souple. Le nu masculin représente un champ esthétique d’apparence plus restreinte, souvent limité à l’aspect morphologique ; un modèle masculin demanderait plutôt une droite, geste plus précis, plus difficile. Mais ce n'est là que théorie ; une théorie rivalisant plus que difficilement avec la pratique, comme le montent ces deux réalisations suivantes : le travail des courbes n'est pas moindre chez l'un ou l'autre, seul l'objectif de travail - une copie inp & un exercice d'observation en pose courte - sont effectivement différents !
Photo Koronin, collection inp de C.Fontenoy, croquis par Anaïs, admissible inp en peinture, reçue aux beaux-arts d'Avignon.
Autre point soulevé, autre piste possible, mais surtout pour anecdote, les cours de modèle vivant sont plus côtoyés par la gente féminine (si j’en juge par ma clientèle), qui me dit régulièrement qu’une jeune femme connaît forcément mieux un corps féminin et a donc régulièrement tendance à féminiser la représentation du corps masculin ! Mais à part cela, rien n’empêche de traiter le nu masculin selon les mêmes canons d’esthétisme, de symbolisme que le nu féminin. Cela devrait d’ailleurs aller en s’accentuant avec l’avènement du bien être masculin véhiculé par les médias.
PhM.