Les actualités hebdomadaires des Koronin (Philippe Morin / Artemis Irenäus von Baste), culture des arts plastiques & galerie d'Art associative en Ligne.
7 Avril 2011
Dernier chapitre de notre série : « prépa ensad ensba inp Gobelins : le préjugé de… »
Lorsque vous passez les épreuves de sélection des concours ensad ensba ensapc gobelins
& tutti, cherchez-vous à coller aux passions personnelles du jury de sélection – postulez-vous dans une école d’art pour satisfaire à l’obtention finale d’un diplôme d’études supérieures à
valeur de reconnaissance sociale ? Pour « trouver un boulot » ? Ou bien plutôt pour obtenir un lieu que vous avez identifié comme susceptible de vous permettre de vous
interroger sur la vérité des choses, de vous intéresser à leur caractère plutôt qu’à leur surface, d’affiner vos outils pour enfin exprimer une signification de ces choses & faire naître une
nouvelle beauté ?
Photo Koronin : peinture sur papier marouflé, par Elisabeth, sans prépa.
Doit-on catégoriser les écoles d’art, surtout celles des beaux-arts, en se disant : « celle-là est plus à tendance
vidéo, celle-ci à tendance installation, telle autre à tendance peinture – donc il me faut orienter mon travail selon» comme si elles véhiculaient un conformisme pédagogique
fixé au sommet de la hiérarchie administrative par un ministère ? & que subséquemment réussir votre concours rimait
alors avec soumission à un maître plutôt qu’à avoir affiché clairement votre tournure d’esprit ?
On ne réussi pas un concours des beaux arts, des arts décoratifs, des gobelins ou
même de l’inp parce que l’on a de bonnes notes en classe lycéenne, que l’on dispose d’une licence ou d’un master universitaire, ou d’une récente exposition en galerie. Il est logique que si dans
un travail – toute représentation est d’abord & avant tout un acte de figuration – le contour supplante la profondeur (*), que si dans votre projet le dessin manque, que sa couleur est mal
maitrisée, que l’interprétation du sentiment & de l’idée se limitent à plagier tel ou tel artiste par imitation de ses capacités d’âme, vous
connaîtrez l’échec assuré.
Photo Koronin : Alice (prépa ensad) nous offrant un concert & croquée par ses compagnons de classe. On aurait pu croire qu'elle joua des gammes, sans plus. Pourtant, emportée par s'adopter la partition à ses sentiments, elle nous offrit des notes & des notes qui racontaient une nouvelle histoire. Fantastique...
(*) Ce qui fait un bon dessin au trait pour le concours inp n’est ni le joli trait de crayon, ni la marque du crayon ou du fil à plomb, ni les raccourcis savants tentant de styliser le trait, mais bien plutôt votre capacité à comprendre les volumes que vous devez traduire en dessin, à « pomper » leur « caractère », donc leur valeur intérieure, pour le ré-exprimer dans votre dessin. C’est sentir & montrer par cette technique combien vous avez compris le caractère insufflé dans l’œuvre par son créateur.
On se distingue devant un jury en sachant que le métier artistique, par exemple celui de graphiste, est un moyen parmi d’autres d’œuvrer. L’harmonie dans un travail plastique – l’on parle d’un équilibre entre technique & sensibilité – vient du sens (sentiments) qu’elle présente. Elle n’a de vrai sens que parce qu’elle transmet une idée & fait oublier son style pour concentrer le sujet traité.
L’art débute avec votre réalité intérieure.
Il va droit à l’essentialité, au-delà de l’apparence vers ce concept intellectuel qu’est l’idée, même si cette idée va à l’encontre des idées reçues par vos tiers, des principes ou d’un programme scolaire. Les vrais artistes sont ceux qui, du doigt, de la brosse, du burin, de la souris, de la pellicule photographique ou de la mémoire numérique regardent avec leurs propres yeux ce que tout le monde fait, à déjà fait, à refait, & qui savent apercevoir cette beauté qui est devenue trop habituelle, presque banale, aux autres esprits, & que ceux-ci ont égaré quelque part loin de leur vision du monde.
Rodin disait : « les mauvais artistes chaussent toujours les lunettes d’autrui ».
Le vrai art se moque de l’art, des notes, des diplômes, des catégories... L'histoire de l'art nous enseigne
que si le « Déjeuner sur l’herbe » de Manet est beau (ou célèbre) ce serait parce que la demi-mondaine peinte au premier plan/gauche est nue, que cette vision se rapporterait à l’oeuvre
de Titien, aurait été reprise par Picasso. Et nos jeunes collégiens d'apprendre à ce sujet que la dite femme aurait eu trois différents modèles pour corps
final, ne pourrait-on leur glisser à l'oreille l’essentialité de cette oeuvre, à savoir que Manet fit de cette femme nue le seul personnage intellectuellement actif de la composition
?
Au cour d'un 19ème siècle dans lequel la femme n’avait
pas encore droit à telle manifestation directe & sans équivoque d’intellect, l’on aurait pu reprendre l’exclamation de Jean Rochefort pour une publicité télévisuelle : « tout l’art
du Maître est là… » !
PhM.