Les actualités hebdomadaires des Koronin (Philippe Morin / Artemis Irenäus von Baste), culture des arts plastiques & galerie d'Art associative en Ligne.
15 Juillet 2013
Le chaos serait-il l’ADN de l’Art ?
« Si l'on sait exactement ce qu'on va faire, à quoi bon le faire ? » disait Picasso. L’artiste créé t’il selon un plan fixe ? Part-il de données formelles qu’il va respecter ? Ou va-t-il se servir du problème posé, de la question posée, de la situation créée pour parvenir à une spontanéité ?
Je vous propose une part de réponse par l’intermédiaire des actions de mes étudiants en prépa ensad ensba mcrbc, gobelins, ensapc, etc.
Pour le philosophe (dont je ne suis pas), le chaos est d'abord l’absence d’ordonnance. Pour le plasticien, ce chaos peut être vu comme l’état primitif d’une matière, d’un espace, d’un univers. De ces deux façons, le terme de chaos désigne la capacité d’un système à évoluer, pour peu qu’on y injecte d’autres paramètres que ceux générés par les conditions initiales. Ce qui ruine le formalisme de l’académisme & sa tendance scolaire à prédire le développement d’un projet artistique puisque la création artistique rime mieux avec l’acte instauré par une émotion qui vainc la raison.
Le Chaos dans l’observation d’un modèle ?
Lorsque je donne un travail d’observation à faire à mes étudiants en prépa ensad ensba mcrbc, gobelins, ensapc, etc. – travail d’observation d’après une composition, exécution en dessin ou peinture – personne n’obtient jamais le même résultat. L’on pourrait évoquer le placement de chacun face au modèle, placement dans l’espace ou hauteur d’yeux (taille de l’étudiant, debout ou assis : ligne d’horizon), mais mieux vaut parler de perception. C'est-à-dire de la façon dont le modèle impressionne les sens de chacun des étudiants.
S’il s’agit par exemple d’un modèle en plâtre ou en marbre blanc, & que les étudiants travaillent à la peinture, de certains sortiront des ombres colorées, de diverses gammes – bleues, violettes, vertes, & même jaunes ! – au gré de leur ressenti & de leur volonté d’exprimer les volumes. Le ressenti peut ici être comparé à une sensation, c'est-à-dire un phénomène psychique indépendant de toute logique mathématique & presque impossible à saisir dans la pureté mais dont, selon Lalande, l’on s’approche comme d’une limite.
Le Chaos dans la créativité ?
D’abord, une anecdote.
Un jour, j’ai demandé à l’un de mes étudiants de travailler à la gouache blanche sur papier blanc & de percevoir le papier blanc. Le résultat l’a surpris & il s’est mis à me parler de la blancheur du papier. S’il ne la percevait pas intrinsèquement, de manière visuelle formelle, il la ressentait. Il pouvait donc, selon ce ressenti, rapporter cette sensation personnelle dans son travail.
De cette démarche découle une suite d’interrogations par rapport au choix premier. Quand l’œuvre est réussi le rendu de l’Idée devient une évidence.
A suivre...
jean -Yann Mokopodo, travail de peinture présenté au workshop de l'ensba ayant pour thème l'énergie de la plastique.